Non à la naissance du projet « Phénix » sur la base aérienne de Payerne

Communiqué des Verts broyards FR, Mannens, le 25 février 2011

Les Verts de la Broye fribourgeoise estiment que le projet de centre d’instruction de lutte contre le feu d’aéronefs « Phénix » des Forces aériennes sur la base de Payerne n’est pas adapté aux conditions territoriales régnant en Suisse et dans la Broye en particulier. Ce projet surréaliste – 7000 incendies d’avions déclenchés par année et brûlant par jour de quoi faire 65.000 km en voiture (14,6 millions par année) -  s’avère totalement surdimensionné avec coût annoncé frs 40 millions et ne répond pas à un besoin absolu ni de l’armée, ni des instances aéroportuaires civiles. Les Verts broyards fribourgeois ont donc décidé de faire opposition au projet dans le cadre de la mise à l’enquête publique et appellent les broyardes et broyards à faire de même.

-> Voir l'émission de La Télé sur ce sujet.

Les principaux griefs à l’encontre du projet « Phénix » sont que l’implantation dans le plan sectoriel militaire de la base aérienne de Payerne, impliquant l’usage des procédures d’approbation militaires, ne se justifie pas et qu’aucune autre option technique et possibilité d’effectuer les entraînements, en Suisse ou à l’étranger, ne sont présentées afin de réduire – voire d’éviter – les nuisances, les coûts et la consommation que générera ce projet.

La Suisse est un petit pays densément peuplé où le sol doit être utilisé avec parcimonie. La question se pose donc de l’emplacement d’un centre « européen » de lutte contre le feu d’aéronefs, gros consommateur de terrain et occasionnant d’importantes nuisances, en Suisse, sur le Plateau et en plein cœur de la Broye, une région appelée à se développer fortement ces prochaines années (plusieurs milliers de nouveaux habitants sont attendus selon les estimations des cantons de Vaud et Fribourg). Ne serait-il pas plus judicieux d’effectuer les exercices dans les centres existant déjà en Europe, voire de contribuer à la création d’un nouveau centre dans un emplacement plus approprié (surtout moins ou pas du tout habité), à l’instar de ce qui se fait déjà pour une partie des entraînements des FA-18.

L’argument de la justesse de l’emplacement est corroboré par le rapport OPAM qui démontre la problématique sécuritaire de la présence d’un réservoir de gaz liquide (capacité 40 tonnes), pouvant occasionner une destruction totale dans un rayon de 250 m en cas d’explosion, à quelque 270 m de l’autoroute A1 sur laquelle circule 18’000 véhicules par jour. La norme OPAM est bien respectée, mais seulement à 20 m près. Tous les autres emplacements prospectés dans la région ont été abandonnés en particulier pour ces raisons sécuritaires. Dont celui de l’Aéropôle, refusé par la commune de Payerne alors même que cet emplacement se voue spécifiquement aux développements des activités aériennes. On voit à nouveau par ce dernier exemple le manque de cohérence, sinon la déconnexion inquiétante, entre les aspirations du développement territorial civil et militaire dans la Broye.

Nulle part dans les documents de la mise à l’enquête il n’est fait mention de la justification du projet en dehors du fait que ce centre d’instruction est censé remplacer les installations d’exercice de feu actuelles sur les aérodromes de Payerne, Meiringen, Dübendorf et Buochs qui seraient désuètes. Combien de cas d’incendies d’aéronefs militaires peut-on dénombrer en Suisse ? A quelle fréquence ? La question est identique pour les cas civils. Dans combien de cas l’intervention des pompiers a-t-elle permis de sauver des vies et des aéronefs ? Quelle est la fréquence d’entraînement nécessaire pour assurer une bonne formation ? Quelle est l’utilité de ce type d’exercice ? Pourquoi la solution des entraînements à l’étranger n’est-elle pas envisagée ? Quelle est la position des autorités aéroportuaires civiles suisses ? Existe-t-il un réel intérêt des forces aériennes et des aéroports européens ? Il est pour le moins étonnant que ce type de questions ne semble pas avoir été abordé dans un projet de cette ampleur et d’un coût aussi important. Un état des lieux global et une « étude de marché » s’avèrent donc absolument nécessaires pour justifier les besoins réels en matière de lutte contre le feu d’aéronefs et présenter différents scénarios.

Seules deux nouvelles places de travail seraient créées par le projet : le responsable du centre de feu et son adjoint (soit 1 poste pour 30.000 m2). Or il s’agit justement de ce type de postes de cadre – prévus sur une base aérienne – dont le chef du DDPS cherche explicitement à diminuer le nombre. L’absolue nécessité de ce nouvel investissement conséquente frs  40 millions (sans les frais de fonctionnement), en période de restrictions budgétaires, alors que le Confédération n’a pas les moyens pour financer l’entretien du parc immobilier existant de l’armée, est plus que questionnable. Des solutions plus avantageuses à court et long terme sont à étudier sérieusement.

Alors que l’ensemble de la planète cherche des solutions pour pallier au réchauffement climatique, l’armée suisse est prête à brûler 3 tonnes par jour d’hydrocarbures sous forme de propane liquide. Cela pour mettre le feu et éteindre au choix à un Airbus, un FA-18, un hélicoptère, etc. La Confédération cherche par tous les moyens à réduire les rejets de CO2 dans l’atmosphère, l’armée doit aussi contribuer à ce type d’effort national. La pollution locale et régionale ne peut pas simplement être minimisée en arguant que les méthodes d’exercices de lutte contre le feu d’aéronefs actuelles polluent plus. En concentrant l’ensemble des exercices de Forces aériennes sur un seul et unique site, en y ajoutant les exercices de troupes étrangères et les exercices des pompiers d’aéroports civils, on concentre également les nuisances de pollution de l’air et de l’eau dans la Broye.

Le raisonnement est analogue en ce qui concerne les économies en matière de ressource pétrolière. Les 3 tonnes de propane liquide qui seront brûlés par jour représentent l’équivalent essence permettant de parcourir 65’000 km en voiture. Comme il est prévu 225 jours d’exploitation du centre de feu par année (du lundi au samedi et parfois en soirée, soit 36 exercices par jour), cela représente l’équivalent de 14,6 millions de km parcourus en voiture. L’absolue nécessité de cette débauche énergétique est plus que questionnable. Au pire, des options moins polluantes et consommant moins d’énergie fossile sont à étudier sérieusement.

Le projet « Phénix » prévoit la destruction de la ferme des Marais et le bétonnage presque complet des surfaces agricoles sur plus de 60’000 m2. Il s’agit là d’une des plus grosses exploitations agricoles de la Broye et ce sont une nouvelle fois des surfaces d’assolement et des terres consacrées aux cultures vivrières qui sont vouées à la disparition. De multiples implantations commerciales et industrielles – telles que Aldi ou Nespresso – destructrices de grandes surfaces de terres agricoles ont été érigées ces 5 dernières années dans la Broye. Les projets d’Aldi et d’Ikea sont en phase de planification et les premières implantations sur l’Aéropôle ont été annoncées. Il s’agit  à chaque fois de surfaces de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de m2. Si les 2 à 3 millions de m2 dont l’armée est propriétaire dans la région sont appelées à connaître un sort identique, c’est l’avenir agricole et paysager de la Broye, ainsi que la qualité de vie de ses habitants lié à l’environnement campagnard, qui sont en jeu.

Les Verts broyards fribourgeois ont donc décidé de faire opposition au projet dans le cadre de la mise à l’enquête publique et appellent les broyardes et broyards à faire de même.

Contact :

Roman Hapka, Responsable des Verts broyards FR, 079 601 76 64, r.hapka@bluewin.ch

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