«La politique a besoin de biodiversité»

La Broyarde Sylvie Bonvin-Sansonnens vise la candidature verte pour l’élection au Conseil d’Etat

Succession Garnier » A 46 ans, la Broyarde Sylvie Bonvin-Sansonnens, maître agricultrice et cheffe du groupe Vert Centre Gauche au Grand Conseil, vise une candidature au Conseil d’Etat pour succéder à sa camarade démissionnaire Marie Garnier. Un ticket qui devra encore être validé par l’assemblée de son parti, les Verts. Elle explique ses motivations.

Propos recueillis par Patrick pugin et Nicolas Maradan

Pourquoi cette envie d’intégrer le Conseil d’Etat?

Sylvie Bonvin-Sansonnens: Cela ne fait pas partie d’un plan de carrière. Une femme verte, Marie Garnier, que j’aime beaucoup et que je respecte, met fin à son mandat. Une autre doit reprendre le flambeau et continuer la marche. Il faut poursuivre le travail qui a été fait pour la vision écologique et le développement durable du canton de Fribourg. Je pense qu’il est important d’être au Conseil d’Etat pour faire avancer notre canton. Et je pense avoir les compétences nécessaires.

Vous êtes entrée au Grand Conseil en mai 2015, après la disparition de l’indépendant Louis Duc. Cela fait peu d’expérience politique…

Il n’y a pas de curriculum vitae idéal pour intégrer le Conseil d’Etat. Pour ma part, j’ai une expérience de vie ainsi qu’une expérience dans l’économie par le biais de l’exploitation que je dirige. En outre, je suis cheffe de groupe au Grand Conseil. Je suis une femme de la terre et de terrain.

En se portant candidate la semaine passée, la socialiste Valérie Piller Carrard a déclaré qu’elle avait de meilleures chances que vous pour maintenir ce siège à gauche. Arrogant?

Chacun a une vision différente des stratégies possibles. Pour ma part, je respecte le jeu d’équipe, car c’est la meilleure voie pour conserver le siège de la gauche plurielle.

Mais vous n’allez quand même pas vous effacer face au Parti socialiste?

Je ne me prononce pas sur ce que vont décider les partis. Mais il est légitime que nous proposions une candidature pour représenter la diversité de la gauche.

Cette candidature socialiste, c’est un coup de poignard dans le dos?

D’autres l’ont interprété comme ça. Chacune d’entre nous a le droit d’être candidate à la candidature. Il n’y aura toutefois qu’un siège à repourvoir. Cette élection sera très spéciale. Les personnalités vont jouer un grand rôle, davantage que les partis.

Si les Verts et le PS partent chacun de leur côté au premier tour, est-ce que ça ne fait pas le lit de la droite?

Certains ont évoqué une forme de primaire. Difficile de dire à l’heure actuelle si c’est la bonne formule, alors que nous ne savons pas qui seront les autres candidats.

Il y a quand même la réalité des chiffres: votre parti ne pèse que 5,4% des voix alors que le Parti socialiste représente la principale force au Grand Conseil…

Tout est possible, puisque les Verts siègent au Conseil d’Etat depuis six ans.

En 2011, des conditions particulières avaient mené à l’élection de Marie Garnier, notamment l’accident nucléaire de Fukushima. Pensez-vous pouvoir rééditer ce succès alors que le soufflé écologiste est retombé?

Depuis 2015, les Verts ont enregistré des succès électoraux partout en Suisse romande, y compris à Fribourg. Les gens sont conscients des enjeux qui pèsent sur le monde. Notre parti est une force de proposition incontournable dans ce domaine.

Mais aujourd’hui d’autres partis ont embrassé le thème de ­l’écologie…

Nous représentons une mouvance intermédiaire entre des extrêmes qui s’étirent. Nous ne sommes pas des socialistes. Nous sommes un parti de centre gauche qui a pour terreau le développement durable. Nous sommes également proches des entreprises. Les Verts fribourgeois comptent par exemple plusieurs entrepreneurs parmi leurs membres.

C’est sur une liste indépendante que vous étiez candidate pour le Conseil national en 2003 et pour le Grand Conseil en 2011. Vous n’avez rejoint les Verts qu’en 2014. Une vocation tardive?

Je suis issue de la gauche paysanne, dans la mouvance de Fernand Cuche (ancien conseiller d’Etat neuchâtelois, ndlr) ou de José Bové (figure de l’altermondialisme français, ndlr). Cela faisait partie de mes premiers combats en tant que secrétaire syndicale d’Uniterre. Ensuite, je me suis inscrite sur une liste aux côtés de Louis Duc, qui faisait également partie de ce mouvement-là. Quand je me suis retrouvée seule, sans lui, je me suis rapprochée des Verts parce que c’était le parti le plus à même de défendre ces intérêts-là.

A l’époque, vous avez été la première femme du canton à obtenir une maîtrise fédérale agricole. Saurez-vous vous imposer face aux mâles dominants du Conseil d’Etat?

En fait, c’était en 2013. Pour vous dire qu’il y a du retard à rattraper de ce côté-là… Pour le reste, je ne parlerais pas de s’imposer, mais de s’intégrer. Il est vrai que pour les femmes, c’est souvent plus difficile. Or la présence d’une deuxième femme au sein du gouvernement est indispensable pour représenter la population.

En tant que femme de centre gauche, vous seriez doublement minoritaire…

Je suis cheffe du groupe Vert Centre Gauche, qui comprend trois partis et deux mouvements indépendants. J’ai donc l’habitude de rechercher des compromis en trouvant ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. Et en politique, c’est comme dans un système agronomique. Pour qu’un gouvernement soit durable et efficace, il faut de la biodiversité.

Marie Garnier a été assez malheureuse dans ce Conseil d’Etat. Est-ce que cela vous fait peur?

Non, ce n’est pas un monde qui m’effraie. Marie Garnier a été une pionnière. Elle a dû ouvrir la voie. Mais des choses ont été faites et bien faites. Et puis, quand les premiers socialistes étaient arrivés au gouvernement, cela avait aussi été dur pour eux. Aujourd’hui, je suis persuadée que l’histoire ne va pas se répéter.

En revanche, Marie Garnier ­laissera derrière elle un bilan peu consistant. Comment rebondir là-dessus?

C’est votre point de vue. Elle a travaillé d’arrache-pied pour semer des graines, alors que de nombreux obstacles se sont dressés sur sa route. Le terrain était miné, notamment au Grand Conseil. D’autres, demain, récolteront les fruits de son travail. Quant à moi, j’ai ma manière propre de travailler et de communiquer. Je suis sûre de pouvoir faire progresser la durabilité dans notre canton.